L’aspect culturel de la mode

PAR LUCÍA LOZADA


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L’industrie de la mode avance à grands pas vers une production plus durable et éthique. À mon avis, pour que ce changement soit possible et pour qu’il devienne progressivement une réalité, les consommateurs doivent s’impliquer énormément.


La première chose qui m’est venue à l’esprit quand j’ai eu l'occasion de rédiger un article pour ELOQUĒNTIA c’était de parler de comment ces changements de paradigme surviennent en Amérique Latine, parce qu’ils sont en train de survenir, on n’en parle pas suffisamment, parce que nous n’entendons parler que des transformations dans les grandes villes et capitales de la mode.


De même, je voulais écrire sur la façon dont on peut aider à lancer le débat et encourager les consommateurs pour qu'ils soutiennent les marques locales, durables, éthiques et qui, généralement, ont de très bonnes idées pour l’avenir de la mode et qui travaillent pour la rendre réelle.


Je voulais faire connaître quelques marques latino-américaines qui non seulement prendrent l’initiative de produire une mode plus durable, mais, au même temps, elles offrent des postes de travail, autonomisent le travail des femmes artistes et essaient d’entretenir la culture des différents pays et communautés dont elles proviennent.


Selon les mots du philosophe Walter Benjamin, la modernité est définie par le développement d’une conscience historique de la condition actuelle, au même temps qu’on est capable de reconnaître un écho entre le présent et le passé :


« La mode fonctionne comme un fait historique, non seulement comme un élément historisé du passé, mais aussi comme une force qui, grâce à ses références et citations constantes, casse la continuité historique et active, parfois même révolutionne, les faits passés pour le présent ». (1)


Dans ce sens, on peut voir une connexion claire entre la mode et la culture, ainsi que leur capacité de préserver les différentes cultures des communautés historiquement étouffées et invisibilisées en Amérique latine.


La professeure Mónica Codina déclare que la création de mode s’avère, de nos jours, une manière de faire culture : « Pour penser à la culture, il faut prendre en compte les conditions dans lesquelles elle se développe. Toute création culturelle a une dimension matérielle et une autre spirituelle ». (2)


En définitive, la mode et le contexte sont intrinsèquement liés et ils s’enrichissent mutuellement. La mode est directement influencée par les événements sociaux, économiques, politiques et artistiques, qui sont représentés dans la culture. Cependant, la mode agit surtout comme une façon de revaloriser et d'apprécier les aspects culturels de la société.


Le travail de « Manos Zapotecas », une marque que j’ai eu l’honneur d’interviewer, entretenir ses traditions en même temps qu’elle est créative et innovatrice. Ses fondateurs viennent d’Oaxaca (Mexique) et ils travaillent avec des femmes artisanes de la communauté zapoteca. J’ai eu l’opportunité de parler avec trois de ses artisanes : Antonia, Malena et Rocío. Elles m’ont raconté que le tissage et le filage font partie des tâches traditionnellement transmises de génération en génération parmi les femmes de la communauté.


Il y a six ans, une entreprise des États-Unis leur a donné l’opportunité de vendre ses produits à plus grande échelle. Cela leur a permis de créer beaucoup d’emplois et de sources de revenus, ainsi que de revaloriser la tradition et les dessins originaux de ces communautés.


Elles se guident par la culture du Tequio et de la Guelaguetza, dont la signification est « soutien aux frères », c’est-à-dire, l’aide parmi les familles et tous les membres de la communauté. Il s’agit d’une aide parmi tous, de créer des produits avec un sens concret.


Elles croient que le changement actuel, non seulement dans le monde de la mode, mais aussi au niveau social, nous ramène à notre début. Cette crise que nous sommes en train de traverser a un but : retourner à nos origines, être aimables avec l'environnement, avec les autres, avec nous-mêmes.


Souvent nous ne nous rendons pas compte de l’impact de notre consommation, mais petit à petit nous comprenons que le bien d’un, c’est le bien de tous. Chaque sac vendu est une aide énorme pour elles et leur communauté, mais aussi une grande fierté, car derrière chaque produit il y a beaucoup de femmes qui travaillent ensemble pour le créer.


Manos Zapotecas n’est seulement un modèle à suivre, mais ils servent aussi de source d’inspiration pour que nous ouvrions les yeux et soyons conscients de la grande quantité d’entreprises qu’il y en a avec ce type d’objectifs et valeurs. Nous pourrions les aider énormément avec notre soutien. En tant que consommateurs, c’est notre responsabilité de savoir à qui nous donnons notre argent et où nous le dépensons.


Bibliographie :


1. Lehnmann, U. (n/d) "Walter Benjamín" [article] https://fashion-history.lovetoknow.com/fashion-clothing-industry/fashion-designers/walter-benjamin

2. Codina, M. (2004) "Crear moda, hacer cultura" [conférence] https://asmoda.com/Content/docs/2_CREAR_MODA_HACER_CULTURA.pdf


Traduit de l’espagnol par Fátima Gómez Cáneba


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