Germin.ar : des vêtements qui fleurissent

PAR VICTORIA ROBLES


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Sabrina Rodriguez Uzal est la créatrice argentine qui se trouve derrière Germin.ar, un projet avec lequel elle a créé des vêtements durables qu’à part de les porter, nous pouvons les planter, de sorte qu’ils deviendront des fleurs ou des plantes. Cette idée lui est venue lorsqu’elle était étudiante de Stylisme de mode à l’Université de Buenos Aires et que l’on lui avait proposé de penser à sa thèse dans 50 ans dans le futur : « C’est à ce moment-là que j’ai décidé d’emprunter ce chemin, justement pour que mes collections ne deviennent pas un déchet d’ici 50 ans. J’ai commencé à me rapprocher des différentes matières nobles et biodégradables afin de pouvoir laisser une empreinte positive sur l’environnement ».

Bien que la fabrication artisanale des matériaux et des vêtements s’avère compliquée, la créatrice fait que cela semble tout simple : « Nous avons à portée de main toutes les matières provenant du coton et de la laine. Bien évidemment, les cotons sont la partie qui n’est pas si manipulée artisanalement, même si j’ai teint quelques-uns de manière naturelle à base de pelure d’oignon : il s’agit notamment de la couleur moutarde qui peut s’apprécier dans quelques ensembles. Le textile iconique de ma collection c’est le feutre, il s’agit d’un drap de laine artisanale que je fabrique moi-même en utilisant la toison de laine mérinos, et après je l’ajoute des graines potagères et florales histoire de générer des supports textiles qui puissent être plantés. Cela nous donne la possibilité de programmer la durée de vie du vêtement, qui, même s’il est très durable et c’est le consommateur qui décide quand y mettre fin, se réinvente pour découler dans une fonctionnalité totalement différente à celle du début ».

Sabrina travaille toute seule et, même si cela peut sembler difficile qu’une seule personne fasse tout le travail artisanale, elle assure qu’elle jouit vraiment du processus de création : « C’est quelque chose que je n’en imaginais pas jouir. Le fait de pétrir le feutre s’avère quelque chose de très fatigant, mais, en même temps, c’est presque thérapeutique le fait de passer du temps à avoir ce contact si direct main-matériau ». La deuxième chose qu’elle aime le plus de créer ses collections c’est ce qui arrive après : l’acceptation de la part du public. Au début, elle avait cru qu’ils allaient le remettre en cause ou qu’ils n’allaient pas comprendre comment cela marche, mais elle a fini par recevoir de très bons commentaires. Elle a même remporté un concours l’année dernière, avec lequel elle eût la possibilité d’améliorer la collection et de la présenter à Designers BA, un des événements les plus importants à Buenos Aires.

Cependant, bien qu’elle ait beaucoup de connaissance et de créativité, elle trouve toujours des difficultés en tant que créatrice de mode durable : « Quand tu vas acheter des toiles à grossistes, il s’avère très compliqué d’en trouver une 100 % naturelle ; elles ont normalement été mélangées. C’est quelque chose d’assez limitant et stimulant au même temps, mais cela fait aussi partie du travail d’un créateur, n’est-ce pas ? D’être capable de trouver des matériaux et d’en faire quelque chose avec ce que l’on a à portée de main ; c’est pour cela que le fait de pouvoir fabriquer mes toiles me libère un petit peu du joug de trouver la toile parfaite ». Or, d’où est-apparue l’idée d’ajouter des grains à vos vêtements ? La référence repose sur le papier ensemecé : « J’avais acheté une agenda qui en avait, ce qui suit un peu cette logique : le papier est issu de la taille d’un arbre, mais si quand vous finissez de l'utiliser, vous le plantez, c’est comme si vous mettiez fin au cercle évolutif, d’où mon idée d’essayer d’extrapoler cette technique à une toile. J’ai commencé à faire des recherches, à broder et ce genre de choses. Bien entendu, pour l’usage quotidien ce n’était pas possible le fait d’utiliser des graines brodées puisque cela ne résiste pas aux lavages ; cela allait germer ». C’est ainsi qu’elle a fini par utiliser du feutre, étant donné que, de même que le papier recyclé, cela enveloppe le grain et donne un résultat commercialement viable.

De nos jours, il y a des nouvelles marques durables et d’autres déjà établies qui essayent de changer leur modalité de production ou de recycler. Quelques-unes le font parce qu’elles se soucient vraiment de la pollution qu’elles produisent, mais d’autres considèrent cela juste une « tendance » et elles font de leur mieux pour l’utiliser à son avantage. D’après Rodriguez Uzal, « beaucoup de fois nous ne connaissons pas le sens profond concernant certaines marques ; or, je crois que la mode durable justement ne doit pas s’avérer tout simplement une mode, mais une qualité. Dans l’avenir, il faudrait arrêter de dire “ cela est durable et cela ne l’est pas “, puisque cela devrait s’avérer une qualité qui fasse déjà partie des collections. Je crois qu’il y a des créateurs qui commencent à avoir des préoccupations parce qu’il y a un contexte, comme celui qui nous concerne, qui nous montre que nous arrêtons pendant un mois et, comme par miracle, la planète s’est libérée d’un grand pourcentage de pollution que nous-mêmes produisons, mais je pense également qu’il y a beaucoup d’autres marques qui s’en bénéficient en tant que stratégie de vente ».

L’empreinte que Germin.ar veut laisser dans l’avenir est en rapport avec cette pensée sur l’environnement : « Il y a une attitude que nous pouvons changer, une plus durable. Toute action menée génère forcément un impact sur l’environnement ou sur nous-mêmes, et c’est à nous de choisir que cet impact s’avère positif, neutre ou négatif ». Outre le message personnel qui soutient qu’il n’y a rien d’impossible : « Quand j’ai commencé à imaginer ce projet, je voyais les papiers ensemencés et je me disais “ je vais faire un tissu ensemencé “, et tout le monde me regardait comme si j’avais pété un plomb ; je crois que rien n’est impossible avec un bon travail de recherche. En plus, cela a beaucoup à voir avec le fait de communiser l’information, de pouvoir faire confiance à un collègue et de ne pas rentrer sur notre coquille, parce que l’autre personne a toujours quelque chose à nous apprendre », a déclaré Rodriguez Uzal.


Traduit vers le français par Sandra Iscan

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